Anticipez les évolutions sociétales qui vont influencer votre business model


En cette période de débat public intense, pour cause de campagne électorale, dans de nombreux pays d’ailleurs, une lecture a retenu tout particulièrement notre attention, qui décrypte les styles de vie des Français.

Avec pour titre “Ce que veulent les Français, Styles de vie 2012-2017″, et une typographie bleue et rouge sur fond blanc, l’ambition des auteurs d’éclairer notre débat présidentiel est claire. Les thèmes  de la vie privée, de la santé ou de l’école y côtoient ceux de l’entreprise, de la mondialisation ou du travail. Ils intéressent aussi les dirigeants d’entreprise toujours en veille sur ce qui peut influencer leur business model.

Les auteurs: un collectif de sociologues, psychologues, sémiologues, et marketers réunis dans le cercle Sésame créé en mars 2011. Certains d’entre eux avaient révolutionné dans les années 70 l’analyse des “styles de vie”. Car les travaux présentés dans cet essai s’appuient sur près de 40 années d’observation du CCA, institut d’études sociologiques tendancielles appliquées aux choix stratégiques : socio-politiques, médiatiques ou commerciaux.

Un exemple de mesure d’évolution. Dans le chapitre “la France cabossée”, le CCA dit avoir mesuré un net désintérêt pour les grandes ambitions à long terme, les plans de carrière: 88% des Français disent préférer “profiter de petits bonheurs au jour le jour”; c’est 12% de plus qu’en 2000. Voilà qui ne devrait pas laisser insensible ni les politiques ni les employeurs! Et même les annonceurs à entendre la dernière pub de Volkswagen: “l’avenir appartient à ce qui est petit” pour le modèle d’entrée low cost la Volkswagen Up.

Ainsi le CCA montre sur long terme la montée du pessimisme des Français, leur défiance croissante vis à vis des responsables politiques ou des médias. Mais aussi le sentiment qu’une mutation est inévitable vers une nouvelle société.

De plus un site et un blog permettent aux lecteurs de donner leur opinion sur différentes questions de société et ainsi d’alimenter l’observatoire.

Ce sont les questions de la vie quotidienne de Français qui sont ainsi auscultées.

Exemple, l’éducation de nos enfants: faut-il qu’ils aient “la tête bien faite, bien pleine ou bien formatée”? 3 scénarios sont soumis au vote: une école communautaire, une école civique ou une école self-formation. Les internautes ont voté à près de 77% pour… l’école civique, issue d’une “rénovation de l’école républicaine pour tous, égalitaire, qui forme d’abord des citoyens responsables et solidaires, et ensuite des professionnels”

Ces scénario permettent de construire une “prospective de la vie quotidienne” et d’éclairer les décideurs quels qu’ils soient: politiques ou dirigeants d’entreprise.

Pour ces derniers, le chapitre “Pôle travail” sera particulièrement instructif. Il montre la montée du “travailleur Kleenex” et une nouvelle démographie du travail avec des “jeunes éternellement débutants et des vieux que personne ne veut plus embaucher jusqu’à la retraite”. Pourtant une très large majorité de Français aiment leur travail tout en montrant un divorce avec leur entreprise. Parallèlement on observe la montée de l’auto entrepreneuriat, des “chip and cheap works” et finalement d’une “économie atomisée dont les pilotes seraient des firmes virtuelles et les travailleurs des ghost workers”. Un scénario alternatif est possible, celui du “travailleur biactif”: avec un CDI à temps partiel, sa “demie vie sécurisée” et une autre vie d’auto-entrepreneur.

Un style de DRH est montré du doigt: la “DRH Kho-Lanta”, avatar de l’ultra libéralisme qui a suscité le dumping social des pays émergents et dont le levier est le stress. Elle s’est généralisée dans les grandes entreprises et certains service publics. Stress est le premier mot choisi pour qualifier le travail par 78% des actifs devant intérêt 43%. Les observations montrent comment cela est vécu comme un risque pour l’économie, pour les relations sociales, et c’est un enjeu politique: 74% des Français pensent “qu’il n’y a pas d’autres issues que de se battre” notamment par “des grèves plus dures” (58%).

Des alternatives existent. Notamment celle de la DRH “concorde” qui privilégie la dynamique de groupe, la solidarité, la stabilité, la responsabilité, facteurs de motivation professionnelle. Le modèle “Pack de rugby” plutôt que “Kho Lanta”. Dans un tel cadre, les Français se déclarent d’accord pour consentir plus d’efforts (83%) et faire preuve de discipline (82%). A méditer!

Au delà de la DRH, c’est aussi le modèle de patron qui est ausculté. Avec la montée des éco-systèmes de PME en réseau, est attendue celle du dirigeant mettant en œuvre un “savoir-motiver, savoir-fédérer et savoir-cogérer plus relationnel” au delà des compétences classiques de décideur.

De nombreux autres thèmes sont examinés dans cet essai qui scrute les mouvements de fond qui vont animer la société française dans les prochaines années: les médias, le leadership politique, la famille, la santé, etc…

Un petit bémol de mon point de vue. Certains chapitres sont trop clairement influencés par la campagne politique et les critiques sur le style du président sortant. Un peu plus de recul aurait été appréciable.

Didier SERRAT

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